Dentisterie esthétique · Flux numérique

Empreinte numérique
& facettes

Garder la limite supragingivale tant que l'esthétique le permet : dans le sulcus, le fil de rétraction devient le filet de sécurité.
Sourire sur facettes céramique
Facettes E.max
Flux 100 % numérique
02
La règle, d'abord

La règle : limite haute

Sur facette, la règle est simple : limite supragingivale ou équigingivale. On colle sur l'émail, on préserve une gencive fine, on garde une restauration réversible. Dans ce cadre, le scanner intra-oral est non seulement suffisant, il est excellent. Une précision d'emblée : les valeurs chiffrées de cet article proviennent d'études sur couronnes postérieures, transférées par raisonnement aux facettes, faute de données antérieures quantitatives dans la littérature.

i
Confort patient
Jusqu'à 75 % des patients préfèrent le scan à l'empreinte conventionnelle : pas de réflexe nauséeux, pas de matériau désagréable.3
ii
Gain de temps
Suppression du plâtre et de l'expédition. Fichiers STL/PLY transmis instantanément au laboratoire, communication enrichie.3
iii
Justesse élevée
Sur préparation unitaire, les scanners récents atteignent une justesse de 20 à 30 µm, au niveau ou au-delà du conventionnel.3
iv
Prédictibilité
Adaptation marginale cliniquement acceptable, équivalente au conventionnel, du moins quand la limite est lisible par l'optique.3
Tant que la limite reste à la gencive ou au-dessus, le débat numérique contre conventionnel est tranché : le scan suffit largement. Tout se complique d'un coup le jour où l'esthétique oblige à descendre dans le sulcus.
03
La seule porte d'entrée

Quand descendre sous la gencive

Le sous-gingival n'est pas un standard sur facette, c'est une exception. Il ne se justifie que dans quatre situations. En dehors d'elles, descendre n'apporte rien et fait courir un risque au parodonte comme au collage. Tout le reste de cet article ne vaut que pour ces cas.

Hors de ces quatre cas : la limite reste à la gencive ou au-dessus. Descendre par habitude, c'est ajouter un risque de récession et de contamination du collage, sans aucun bénéfice esthétique.3
04
Quand on est descendu

Le point aveugle : la limite cervicale

Le scanner intra-oral est un instrument optique en ligne de vue directe : il ne capte que ce qu'il voit. Tant que la limite reste supra ou équigingivale, tout va bien. Le problème ne surgit que dans les cas vus plus haut, une fois la limite descendue sous le feston.

Les données convergentes, quoique limitées, situent le décrochage autour de 0,5 mm sous le feston, scanné sans rétraction : au-delà, la justesse du fichier (trueness) dérive souvent au-delà de 100 µm, et l'ajustage de la pièce finie peut franchir le seuil clinique de hiatus de 120 µm. Ces chiffres proviennent d'études sur couronnes molaires.16

Sur une facette antérieure, où la gencive est fine et le résultat exposé, cette imprécision se paie immédiatement : surcontour cervical, hiatus, retouches au collage, voire inflammation marginale. Raison de plus pour ne descendre que lorsque c'est réellement indiqué.

« La facette ne pardonne pas la limite : elle se voit, elle se palpe, elle s'enflamme. »
Préparation de facette et limite cervicale
0,5 mm
Profondeur de décrochage : au-delà, sans rétraction, le scan se dégrade1
>100 µm
Justesse (trueness) du fichier en sous-gingival sans rétraction, à ne pas confondre avec le hiatus1
120 µm
Seuil clinique du hiatus marginal de la pièce finie (McLean & von Fraunhofer)1
05
Mécanisme de l'échec

Les trois obstacles optiques du sulcus

Comprendre pourquoi le scanner échoue en profondeur, c'est comprendre exactement ce que le fil vient corriger.

1
Sulcus humide, sang marginal
Obstacle 01
L'humidité
  • Sang, salive et fluide créviculaire absorbent et dispersent la lumière structurée
  • Un scanner ne capte pas une surface mouillée3
  • La donnée marginale devient bruitée ou absente
2
Gencive au niveau de la limite
Obstacle 02
L'affaissement gingival
  • Sans déplacement, la gencive retombe et recouvre le trait de finition1
  • Le scanner enregistre la gencive, pas la limite
  • Erreurs de recalage de surface
3
Zone d ombre interproximale, contact serré
Obstacle 03
Les zones d'ombre
  • Optique confocale / lumière structurée peu performante dans les zones masquées1
  • Espaces interproximaux étroits, profil d'émergence défavorable
  • Difficulté à distinguer gencive et finition2
À retenir : les trois obstacles ont une cause commune : un sulcus fermé et humide. Le fil de rétraction agit simultanément sur les trois : il ouvre, il assèche, il expose.
06
L'outil clé, une fois descendu

Le fil de rétraction, filet de sécurité

Dès lors qu'on a choisi de descendre, le fil de rétraction devient l'outil clé. Parce que le scanner est purement optique, il a même davantage besoin d'un champ ouvert et sec que l'empreinte conventionnelle, dont le matériau pénètre physiquement le sulcus. Le fil agit par trois mécanismes : déplacement apical de la gencive, ouverture sulculaire latérale et hémostase via l'agent imprégné (approche chimico-mécanique). Ce n'est pour autant pas un geste anodin, et la suite de cet article en détaille les pièges.2
Cordonnet de rétraction en place
Ce que le fil apporte au scan
  • Limite exposéeLa ligne de finition devient visible pour l'optique
  • Sulcus asséchéL'agent hémostatique supprime sang et fluide
  • Justesse préservéeTrueness maintenue sous 100 µm (82 ± 62 µm), encore dispersée1
  • Hiatus maîtriséAjustage ramené sous 120 µm (95 ± 23 µm à 1 mm)1
  • Donnée stableMoins de bruit, moins de recalage erroné
  • Numérique = conventionnelAvec rétraction, les deux techniques se rejoignent (sur molaire)2
07
Un faisceau convergent mais limité

Les données : avec ou sans fil

Le corpus porteur se résume à deux travaux : une étude in vitro sur molaire et un essai clinique randomisé à quinze patients, sur molaires lui aussi. Aucune donnée antérieure quantitative directe. Ce qui suit est un faisceau convergent, pas une preuve.

Sans rétraction

La limite se dérobe

  • Molaire in vitro, 1,0 mm sous-gingival : hiatus marginal 189,1 ± 42,2 µm, au-delà du seuil de 120 µm1
  • Justesse (trueness) marginale 100,1 ± 44,5 µm, une mesure distincte du hiatus1
  • Dégradation nette dès 0,5 mm de profondeur1
  • En clinique (molaires mandibulaires, n=15), le numérique sans rétraction est la condition la moins reproductible2
Avec rétraction

La limite se lit

  • 1,0 mm : hiatus ramené à 95,2 ± 22,9 µm, sous le seuil de 120 µm1
  • Trueness à 82,0 ± 61,8 µm : sous le seuil mais dispersée ; le bénéfice clinique du fil tient surtout au hiatus1
  • Plus de dégradation franche avec la profondeur1
  • Avec rétraction, numérique comparable au conventionnel, surtout pour les limites peu profondes2
Le déterminant tient moins au choix numérique contre conventionnel qu'à la gestion du tissu mou. Rappel essentiel : ces chiffres viennent de couronnes molaires, pas de facettes antérieures, et reposent sur une seule étude in vitro et un essai randomisé à quinze patients.12
ÉtudeType · nConditionRésultat clé
J Funct Biomater (2025)1 In vitro, molaire maxillaire, couronne provisoire imprimée 3D 0 à 1,0 mm sous-gingival, ± fil Hiatus à 1 mm : 189,1 ± 42,2 µm sans fil, 95,2 ± 22,9 µm avec fil ; trueness 100,1 puis 82,0 µm
J Adv Prosthodont (2026)2 RCT crossover, n=15, molaires mandibulaires Numérique vs conventionnel, ± fil Numérique sans fil le moins reproductible ; avec fil, équivalence avec le conventionnel
Sci Rep (2022)6 In vitro · profondeurs croissantes Justesse selon profondeur du pilier La justesse décroît avec la profondeur sous-gingivale
J Clin Med (2025)3 Revue narrative · facettes Position de la limite Recommande des limites équi- ou supragingivales
Hiatus marginal (AMD) selon la profondeur, molaire in vitro, avec et sans fil, d'après [1]
Sans fil de rétraction Avec fil de rétraction 0 50 100 150 200 µm Seuil clinique : 120 µm 189 µm 147 95 µm 0 0,25 0,50 0,75 1,0 PROFONDEUR SOUS-GINGIVALE DE LA LIMITE (mm)
Hiatus marginal absolu sur molaire maxillaire in vitro [1], à 0,75 mm (147 / 83 µm) et 1,0 mm (189,1 ± 42,2 / 95,2 ± 22,9 µm) ; le tracé entre les points est interpolé à titre illustratif. Sans rétraction, la courbe franchit le seuil de 120 µm entre 0,5 et 0,75 mm ; avec rétraction, elle reste en dessous. La trueness, elle, est une autre mesure, à laquelle ce seuil ne s'applique pas.
08
Le geste, étape par étape

Le protocole qui sécurise le scan

Spécificité numérique cruciale : contrairement à l'empreinte conventionnelle, le sulcus doit rester ouvert pendant le scan lui-même. La gencive rebondit vite après dépose : la fenêtre est étroite.

1
Préparer
Limite cervicale au niveau ou juste au feston. Finition lissée, angles arrondis.
2
Poser le fil
Cordonnet imprégné, 7 à 10 min. Simple fil pour ≤ 0,5 mm. Préférer le chlorure d'aluminium au sulfate ferrique.
3
Assécher
Hémostase complète, champ parfaitement sec. Le scanner ne lit pas l'humidité.
4
Scanner
Immédiatement après dépose, sulcus encore ouvert. Commencer par le secteur préparé.
5
Vérifier
Limite continue et nette à l'écran. Si noyée dans le sang : ré-assécher, ne jamais forcer.
Geste clé : on scanne le secteur préparé en premier, juste après la dépose du fil. Chaque seconde de délai laisse la gencive se refermer sur la limite.
Technique du double fil (limites plus profondes) : deux cordonnets superposés. Juste avant le scan, on ne retire que le fil coronaire ; le fil apical, lui, reste en place et continue d'écarter la gencive pendant toute l'acquisition. Le pas à pas ci-dessus décrit le simple fil, retiré intégralement.
09
Honnêteté clinique

Alternatives, cautions & limites

Défendre le fil n'impose pas de le présenter comme unique solution. Voici les options, leurs limites et les cas où le fil n'est pas le bon choix.

Caution biotype fin antérieur : sur un parodonte fin et festonné, le tassement du cordonnet peut provoquer une récession. Sur une facette, une récession ultérieure expose le joint cervical, ce qui constitue un échec esthétique pur. Le fil n'est donc pas un geste gratuit, c'est un arbitrage. Sur les biotypes à risque, préférer la pâte de rétraction, ou renoncer à descendre.
Caution collage (décisive) : une facette n'a aucune rétention mécanique, elle ne tient que par l'adhésion. Or les agents hémostatiques, et le sulfate ferrique en particulier, laissent un précipité qui contamine l'émail et compromet le collage. En contexte adhésif, préférer le chlorure d'aluminium au sulfate ferrique, et nettoyer rigoureusement la surface avant collage.
La vraie limite de cet article : l'essentiel des chiffres cités provient d'études sur couronnes ou in vitro. Les données propres aux facettes antérieures fines restent minces, et les revues systématiques les jugent encore non concluantes.35 L'extrapolation est raisonnable, mais elle reste une extrapolation.
10
Trois principes à retenir

La synthèse

I
Placer haut
La meilleure limite sous-gingivale est celle qu'on évite. Par défaut, viser le supragingival ou l'équigingival : collage sur émail, gencive préservée, réversibilité.3
II
Descendre sur indication
Le sous-gingival est une exception réservée à quatre situations (sourire haut, masquage, lésion cervicale, limite déjà sous le feston), pas une routine.3
III
Rétracter avec prudence
Si l'on descend, le fil expose la limite et sécurise le scan, mais c'est un arbitrage : attention au biotype fin (récession) et au collage (chlorure d'aluminium plutôt que sulfate ferrique).12
Sur facette, gardez la limite à la gencive ou au-dessus : c'est là que le numérique donne le meilleur de lui-même.
11
Sources

Références scientifiques

Les affirmations chiffrées et cliniques de cet article s'appuient sur des sources peer-reviewed récentes indexées dans PubMed. Chaque appel N dans le texte renvoie à cette liste.

  1. Son YT, et al. Does Intraoral Scanning at the Subgingival Finish Line Affect the Accuracy of Interim Crowns? J Funct Biomater. 2025;16(9):309. DOI 10.3390/jfb16090309 · PMC12470884
  2. Volvaikar PR, et al. Comparison of subgingival finish line reproduction in intraoral scanning versus conventional impressions: a randomized crossover clinical study with/without gingival retraction. J Adv Prosthodont. 2026;18(2):92-102. DOI 10.4047/jap.2026.18.2.92 · PMC13136547
  3. Accuracy of Digital Impressions for Veneer Restorations: A Narrative Review and Case Illustration. J Clin Med. 2025;14(11):3859. DOI 10.3390/jcm14113859 · PMC12156071
  4. Assessment of Healing after Diode Laser Gingivectomy Prior to Prosthetic Procedures. Appl Sci. 2023;13(9):5527. DOI 10.3390/app13095527
  5. Revilla-León M, Gómez-Polo M, Att W, Kois JC. Parameters to Improve the Accuracy of Intraoral Scanners for Fabricating Tooth-Supported Restorations: A Review. J Esthet Restor Dent. 2025. DOI 10.1111/jerd.13364
  6. Trueness of intraoral scanners according to subgingival depth of abutment for fixed prosthesis. Sci Rep. 2022;12:18883. DOI 10.1038/s41598-022-23498-x

Article clinique à visée pédagogique. Données issues de PubMed / PMC. Les références citées ne se substituent ni à la lecture intégrale des sources originales, ni à l'évaluation clinique au cas par cas. Plusieurs données proviennent d'études sur couronnes ou in vitro ; leur extrapolation aux facettes antérieures doit rester prudente.

Hugo Philippe FUSARO

Conception dentaire numérique · Flux CAD-CAM · Formateur Exocad

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Hugo Philippe Fusaro